mercredi 2 octobre 2013

Trek à Phongsali



Phongsali est situé tout au nord du Laos pas loin de la frontière avec la Chine. C’est une ville assez reculé et pas frocément facile d’accès. Ce qui sort un peu de la route habituel du touriste. 

La route pour Phongsali sera longue. En partant de Chiang Rai dans le nord de la Thailande, il me faudra plusieurs jours pour y parvenir. Tout d’abord un premier bus pour atteindre la ville frontière avec le Laos nommée Chiang Khong. De là il faut normalement prendre un tuc tuc pour nous conduire jusque l’embarcadère où l’on tamponne le passeport pour sortir de Thailande. Jeff, un type en scooter m’a proposé de monter avec lui. J’ai fait le trajet avec ce ricain installé là depuis 10 ans. De là j’ai pris une pirogue pour traverser le fleuve. J’arrive alors à Houai Xai, au Laos. 

Je fais alors mon visa on arrival qui me coûte 30 dollars pour un mois. Et je repars de plus belle vers le terminal de bus à l’arrière d’une camionnette qu’ils appellent tuk tuk ici. J’arrive juste à temps pour prendre le bus qui me conduira dans la ville où j’ai prévu d’aller à Luang Namtha (4 heures de route supplémentaire). Sur les conseils de Philou je dois faire un trek dans le parc national de Nam Ha. Lors du trajet, je note nettement la différence entre les 2 pays. La pauvreté du Laos n’a rien à voir. Je n’ai pas vu une seule maison qui n’est pas faite en bois avec un toit de feuille le long de la route. Elles sont pratiquement toutes sur pilotis. Les paysages sont très vert et très vallonés avec des champs de riz partout dès qu’ils peuvent utiliser une surface plate, ou des champs de mais quand c’est plus raide.

A la sortie du bus je rencontre 3 suisses (Chris, Stella and Fabienne) pour partager les frais du dernier tuk tuk de la journée, qui nous conduira dans le centre de la petite ville. Cette ville est vraiment paisible. C’est ma première impression sur le Laos, le calme. 

On va dans l’auberge Zuela qui nous coûte 4 euros chacun la nuit seulement. Je partage la chambre avec le suisse. On ira manger au marché de nuit juste en face. La nourriture change légèrement de la Thailande. On a même des nems ! Les suisses finalement me font changer d’avis sur le trek. Nam Ha étant pas mal touristique car quiconque veut faire un trek et rencontrer les populations reculées vient par ici. Ce qui rend les villages habitués aux touristes car tous les jours ils voient des touristes débarquer. 
 
 Je les suis donc le lendemain en direction de Phongsali. On prend un bus jusque Oudom Xai à 3 heures de route. On devra ensuite attendre le lendemain pour prendre le seul bus de la journée pour Phongasli. Cette fois ci c’est 9 heures de route dans un bus d’antiquité. Au départ on nous distribue le fameux sac plastique pour vomir au cas où. La route est longue très longue, on ne sompte plus les virages. Je n’ai jamais vu ça près de la moitié du bus vomira à travers la fenêtre. Je comprends mieux pourquoi ils se sont tous précipités une heure avant le départ sur les sièges à la fenêtre. 
En arrivant au terminal de Phongsali, l’on doit reprendre un tuk tuk. Mais pas de bol tous les laosiens se sont rués dessus et nous les 4 touristes on devra attendre qu’il revienne car c’est le seul. Finalement on se fera prendre en stop à l’arrière d’un 4x4 pour effectuer les 3 kms qui  nous séparent du centre. J’ai remarqué qu’au Laos et même en thailande ils te mettent les terminaux de bus toujours un peu à l’extérieur de la ville même dans les petits villages. Je suppose que c’est pour faire fonctionner le business du tuk tuk. On se trouve une guesthouse en haut de la colline surplombant le village pour 5 euros. On aurait aimé passer à l’office de tourisme pour se réserver le trek mais c’est fermé.

Dès le lendemain matin on se précipite au bureau et l’on arrive à réserver un trek pour le matin même. Je n’avais pas envie de prendre de guide mais aucune carte des sentiers n’est trouvable. Le trek de 3 jours nous coûtera 80 euros par tête. On ne sera que 3 car Fabienne a un problème de poumon qu’il l’empêche de trop marcher. Je trouve cela un peu cher juste pour de la marche mais la moitié part directement aux villages que l’on va voir. Pour ma part j’ai toujours l’ongle de l’orteil décollé, j’espère qu’il ne va pas s’infecter.

On démarre  donc le trek dans la foulée le temps de faire le sac et que le tuk tuk nous emmène au début de la randonnée où le guide nous attendra. Le guide a 23 ans et est Kamu (une des tribus du nord du Laos). Il parle très bien anglais ce qui permet d’échanger un peu pus que d’habitude. Il nous explique qu’au Laos, il y a 49 langues et que le boudhisme est le pus répandu même si beaucoup de tribus croient encore aux esprits.
La marche sera courte seulement 3 heures pour la première journée. Le repas du midi sera rudimentaire. Quelques feuilles font office de table, un peu de riz gluant, une cuisse de poulet, un poisson, un peu de légumes et le petit piment. Un vrai repas laossien qui sera vraiment le bienvenu en haut de la colline que l’on vient de grimper gentillement. Après avoir traversé les rizières du village Phunoi, le guide nous amène dans la maison du chef du village où l’on passera la nuit. On arrive vers la fin de la journée. On peut ainsi les voir travailler à ramasser le maîs qu’ils ont fait sécher toute la journée au soleil en les étalant sur des paillasses. En les regardant ramasser les grains de maîs j’ai soudain cette réflexion débile d’européen civilisé : mais pourquoi ils ne se créent pas un système pour ramasser les grains plus vite. Je les vois utiliser un vulgaire sac plastique qui leur sert de ramasse maîs. Ils sont 6 pendant plus d’une heure à bosser quand une seule personne pourrait effectuer le travail avec jsute un peu d’astuce. On a l’impression de faire un retour dans le temps. Mais finalement ils n’ont pas ce besoin de toujours produire plus. S’ils sont heureux avec ce qu’ils ont. Ils vivent comme ils en ont envie et perpétuent leurs traditions. C’est dingue comme mes réflexes d’efficacités reviennent au galop. Le guide nous explique que le mais que l’on voit, ils ne le mangent pas, ils vendent juste les sacs remplis (20 kilos environ) pour 2000 Kips soit 20 centimes d’euros à la Chine. Ce mais est transgénique. Ils le sèchent en deux jours.

Avant que le soleil ne se couche, on part dans le village voisin qui lui est Akka. Sur le chemin le guide nous explique que les chinois viennent parfois pécher dans la rivière illégalement. Ils utilisent des batteries pour électrocuter les poissons qui remontent ainsi à la surface. Ce genre de pêche est strictement interdite comme la pêche à la dynamite d’ailleurs et est sévèrement puni de 200 euros d’amende mais pour les riches chinois voisins c’est une pacotille. Les chinois ont aussi construit la piste qui nous emmène au village en échange de pouvoir déboiser la région mais les habitants très peu éduqués le prenne comme un cadeau, tout comme les tracteurs, mobilettes, toit en tôle offert. Les Akka ont une langue très similaire au chinois. Ce dernier est d’ailleurs appris à l’école. Les chinois ont tissés un climat de confiance avec cette ethnie qui n’y voit aucun mal car le chinois les aident en échange de production de maîs transgénique ou de récolte de racine de bamboo qu’ils font sécher ou encore d’autre plantes médicinale qui s’appauvrissent de jour en jour dans la région. Le chinois préfère utliser les terres de son voisin que de souiller ses propres terres. Les Akka eux n’y voit que du bien dans cette histoire. Ils ont même aporter l’électricité au village Akka tandis que le village Punoi juste à côté n’est pas électrifié par le réseau. 

La différence de style de vie est bien différente d’un village à l’autre. En effet, chez les Akka, on se croierait dans une porcherie au sens propre. Ils vivent parmi les animaux, avec les poules, les porcs, les bœufs, les chevaux… Le village est assez sale dû à tous ces animaux qui se lâchent un peu partout. Le village est beaucop plus bruyant que celui d’à côté, ils parlent un peu à la manière des chinois. Beaucoup d’enfants jo
uent pendant que les femmes sont encore dans les champs. Les hommes eux rentrent plus tôt et sont là à attendre assis à fumer des bangs de tabac (pipe à eau fabriqué en bamboo). On se joint à ce groupe d’homme pour fumer avec eux et tenter de discuter via notre guide. Le chef du village est présent. Les chefs de village en général se succèdent de père en fils mais notre guide nous explique que cela a tendance à changer, et que des votes sont effectués dans une minorité de villages. Le moment est agréable. On finit ensuite notre tour du village à la tombée de la nuit.

De retour dans la maison du chef Punoi, on prend notre douche au seul point d’eau du village. Chacun son tour avec les villageois ont se décrasse sous l’eau froide. Le village est en bord de rivière ce qui permet d’irriguer toutes les platations alentours de riz notamment. 5 maisons ont l’électricité via des turbines rudimentaires placées dans le courant de la rivière. En revenant de la douche saisissante, le repas nous attend. On commence toujours les repas que ce soit le diner ou même le petit déjeuner par 2 shooters de whiski maison. Moi qui raffole du whiski, c’est jackpot (ironique !), heureusement le goût n’est pas le même que le traditionnel whisky, on dirait plus de l’eau de vie. Pour le repas on remange la même chose, du riz gluant…Puis on ira se coucher sur des paillasses avec moustiquaire.

Le lendemain on doit repartir tôt mais le départ sera repousser pour cause d’apéro improvisé chez l’ami de notre guide. On va à 3 maisons de là où son ami nous attend avec le wisky maison mélangé avec du bois médicinal. Après quelques verres il nous dit que l’on n’a pas besoin de marcher jusque la route à 2 heures de marche, il nous conduira avec son tracteur typique du coin. Ce qui nous laisse le temps de prendre un peu plus d’apéro et d’essayer de nouveau la pipe à eau. Dans la maison il y a la femme la plus vieille des alentours. Le guide nous dit qu’elle a 123 ans, qu’elle a mangé toute sa vie du riz et des légumes. Elle est maintenant aveugle et se déplace sans pouvoir se lever. 
Après cet entremède on part enfin vers la suite du trek en tracteur. On commence les 3 heures de marche dans une forêt bien plus humide en grimpette. On traversera plusieurs cours d’eau. Je tente de les esquiver tant bien que mal pour ne pas ruiner mes chaussures qui se délapident (semelles qui se décollent devant/derrière) mais aussi ne pas mouiller mon orteil avec l’ongle décollé. En partant devant car le rythme ne me convenait pas j’ai pu voir un cerf qui s’est mis à hurler et à fuir lorsqu’il m’a entendu approcher. On a pu voir aussi pas mal de chenilles tout aussi intriguantes les une des autres ainsi que de beaux papillons de type morpho comme en Guyane. L’arrivé au village où l’on a prévu de dormir se fera sous la pluie. Pas de bol le chemin de terre rouge se transforme vite en terrain boueu et glissant. Heureusement que ce n’était que  durant la dernière demie-heure. On aura pu apercevoir d’un point de vue, la frontière avec la Chine démarqué par une montagne.
Quand on arrive au village on a quelques centimètres de boues sous les chaussures, ça colle. On se sent vraiment sale après avoir suée dans la montée sous une chaleur difficilement supportable. Le village est de nouveau Akka. On se retrouve à dormir dans une cabane entouré de tous les animaux possible de la ferme. Cette fois ci on est vraiment à la ferme. Le village est tout à flanc de colline, ça glisse pas mal et c’est sale comme j’ai rarement vu. Les enfants jouent dans cette crasse. Je me demande comment l’on peut vivre dans un envirronnement  si poisseux, c’est allucinant. Laisser les animaux chier partout n’arrange pas la chose. J’ai demandé où étaient les toilettes pour les hommes, il faut aller dans la forêt en s’éloignant du village. On dirait que l’animal est plus respecté que l’homme de ce point de vue. 

On reprendra notre habitude de la douche froide en plein milieu du village. On n’aura pas l’électricité ce soir là. On mangera dans l’obscurité tous ensembles autour d’une petite table car un autre groupe de touristes est présent. Un type espagnol qui fait des one man shows (« una puta mierda ») à Madrid avec sa femme italienne ainsi qu’un allemand. Je commence à saturer un peu du riz gluant et de la soupe… Cette fois ci on a le droit à une salade de bamboo qui n’est pas mauvaise du tout. La journée se terminera par un massage Akka dans notre cabane qui ne durera guère longtemps et d’une qualité bien médiocre. Le contact avec les locaux du village est quasi inexistant. A part les enfants qui joueront avec moi. Je me suis mis à jongler et ont commencés à avoir leurs yeux qui brillent. On a passé un bon petit moment.

On reprendra la route le lendemain tous ensemble, avec 3 heures à descendre. La pluie de la veille a rendu le chemin infesté de sangsues. On doit s’arrêter toutes les 5 minutes pour vérifier que l’on n’en a pas une qui nous suce le sang. Elles sont petites (2 cm de long). Je crois que l’on s’est tous fait sucer au moins une fois. En te sucant, elle te décoagulent le sang ce qui fait que tu saignes à flot pendant 2 minutes après l’avoir retirée. C’est le côté un peu moins marrant du trek, fort heureusement il n’a pas plu les autres jours. Le guide nous racontais qu’avant il y avait des sangsues énormes dans les rivières. Elles sucaient en général les buffalos et en mourraient. Maintenant elles  ont étés éradiqués grâce à une plante aigre que les villageois ont mis dans l’eau pour se baigner en toute sécurité.
Le trek arrive à sa fin. On traverse des grandes rizières pour finir et rejoindre le village. Le retour à Phongali se fera en tracteur again puis 2 heures en bus public. Je suis un peu déçu de ce trek qui nous a donné une bonne vue d’ensemble sur la vie des villages dans la région certes mais qui n’a pas su me donner le contact avec les populations que je recherche ou encore des longues marches difficiles.
Phongsali c’est fini. Il n’y a pas grand-chose à faire dans ce village, après une nouvelle nuit sur place on se dirige vers le sud  à Luang Prabang par voie fluviale.

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