Ce volcan est considéré comme niveau facile pour les alpinistes. A part l’altitude il n’y a pas de passages super techniques même si dans la réalité les conditions météo ne sont pas toujours terribles. Il est possible de monter même en cas de tempête. Au mois d’août le sommet est souvent très venté. On aura d’ailleurs l’occasion de le voir.
On a prévu l’ascension le dimanche matin à une heure du matin. On part donc le samedi matin tranquillement et surmotivés avec JB. Full speed à l’arrière du pick up avec tout le matos. On a pris un guide pour nous deux. On a donc pas le droit à l’erreur, aucun de nous ne doit abandonner sinon tout le monde redescend. A cette heure matinale dans notre tête impossible d’abandonner. J’ai un peu peur du mal d’altitude, étant donné qu’il m’a bien secoué 3 jours plus tôt à seulement 4750m. Je croise les doigts. Un couple de français passe par la même agence mais avec un autre guide. Du coup on fera tout avec eux.


On entre tout d’abord dans le parc national Cotopaxi où l’on va commencer à se mettre en tenue contre le froid. Puis sur le chemin du refuge on va aller voir un lac, prendre la photo, et se diriger vers le refuge. Le parking se trouve à 300 m d’altitude du refuge. Il nous faut continuer après avec tout le matos et la bouffe. Ca se fait bien en 45 minutes. Ensuite on a tout le temps pour se reposer. Le temps étant bien pourri, on est en plein dans les nuages à 4800m, le froid, le vent et la neige sont bien présents. Du coup, pas de pratique sur glace pour cette après midi pour ne pas mouiller nos affaires pour grimper le lendemain. JB n’a jamais pratiqué sur glace encore, ça risque d’être folklorique. A l’approche de la nuit le stress se fait sentir même si l’ambiance est bien décontractée à la rigolade. On mange un dernier repas à 17h avant la petite nuit qui nous attend. Moi je n’ai pas très faim, on vient de manger le repas de midi 3h plus tôt ! On retrouve aussi toute la troupe avec qui on était au refuge à l’Illinizas. Les italiens super sympas sont bien remontés aussi. J’ai le temps de discuter avec un guide à qui je demande son record pour monter jusqu’au sommet du Cotopaxi. Je pense qu’il doit avoir le record. Il m’annonce 1h36 pour atteindre le sommet alors que le temps normalement pour monter est de 6h pour des gens come nous et les autres guides m’ont dit que leurs records étaient à 3h, 3h30… Il a réussi à faire cette performance en s’entrainant pour grimper l’Aconcagua le plus haut sommet d’Amérique du Sud à 6900m.

Il est temps d’aller se coucher. Ici en Equateur la feuille de coca est interdite. On montera donc sans, ce qui ne va pas aider. Le sommeil est très dur à trouver, on est dans un dortoir de 40 lits, plein. J’ai jamais vu autant de monde dans un refuge. La nuit sera difficile et ultra courte comme d’hab (2h de sommeil). A minuit notre guide vient nous lever pour petit déjeuner. Avec JB on est un peu à l’arrache et pas évident de se mettre dans le bain. Du coup au lieu de partir à 1h on part à 1h45 ! On est les derniers. Notre guide nous met déjà la pression pour se dépêcher sous peine de ne pas pouvoir arriver en haut à temps et de devoir redescendre. Au moins, on est direct dans l’ambiance.


On s’arnache avec tout les habits que l’on trouve : 2 tee-shirts, 1 gros pull polaire, 2 gros coupe-vent (qui n’étaient d’ailleurs pas de trop), bonnet, masque, crème solaire pour ne pas que le vent ne nous fouette la peau. On est enfin prêts, équipés comme des cosmonautes. Il est difficile de bouger la tête sans bouger tout le reste. Là je sens que la marche arrière n’est plus possible. Mais ce matin on se sent bien tous les 2. Pas de mal d’altitude à déplorer, ce qui est une très bonne nouvelle. On ouvre la porte du chalet, et là les bourrasques de vent commencent déjà à nous malmener. Je me demande bien comment l’on va pouvoir résister à ce vent glacé. Le guide nous fait un speech. Le guide ne parle pas anglais, je dois donc tout traduire à Jbitz qui lui n’a aucune expérience (dont notamment qu’il faut que l’on se dépêche!). Je serais en fin de cordée comme la dernière fois. Ce n’est pas forcément la position la plus facile. Parce qu’il faut que je subisse les accélérations dans les virages, ou quand JB loupe ses pas. La marche commence doucement sur une partie rocailleuse pendant 2h qui passent super vite. Le rythme imposé par le guide est assez soutenu mais l’on se sent bien donc on ne dit rien. Après ces 2h on arrive sur la partie glacée. On met les crampons, et on s’attache en cordée. On a bien rattrapé les cordées plus en avance. On peut voir tout un défilé de lumière. Comme une descente au flambeau sauf que là les lumières ne donnent pas l’impression de bouger tellement le rythme est lent. Le ciel à cet endroit est dégagé et l’on peut apercevoir les lumières des villes environnantes, splendide !


On attaque la partie glacée pour plusieurs heures de marche. JB qui fait ses premiers pas sur la glace, galère un peu et saccade le rythme, ce qui ne me facilite pas la tâche derrière. L’altitude se fait sentir de plus en plus, avec un rythme cardiaque qui ne fait qu’accélérer. Les pauses sont peu fréquentes au début, 1 par heure. Dès le début de la glace cela monte assez raide, mais le plus dur est le vent, il nous faut tenir sur nos crampons avec des bourrasques de vent qui tentent de nous faire trébucher. Le pire c’est que le vent sera de face tout le long de l’ascension. Le vent, par endroits, nous fouette totalement le visage malgré qu’il soit caché au maximum. Toutes nos protections contre ce satané vent commencent à congeler. Ca devient dingue, on se demande vraiment ce que l’on fait là à en chier ! Après 1 bonne heure sur la glace, je demande au guide de ralentir un peu le rythme en prévoyance pour après. Etant donné que j’en ai déjà fait un, je préfère garder des réserves pour après, sachant que ce sera bien plus dur. Du coup après 4h de marche, on commence à avoir nos organismes qui souffrent pas mal et qui commencent à dire stop. En plus ce vent ne finit pas de souffler, et là on est en plein dans une grimpette bien raide qui ne se termine pas. 40 minutes
de montée bien raide à glisser à presque chaque pas. L’énergie s’en va rapidement. Le guide commence à nous demander si tout va bien. Il nous faut absolument faire une pause en plein milieu de cette endroit hostile car sinon on va devoir abandonner. Après une petite barre de céréales et un peu d’eau on repart sans grande motivation. Surtout que la fatigue se fait vraiment sentir. La sensation d’aller jusqu’au bout de soi-même revient au galop après 3 petits pas. Mais on tient bon.
Une fois passé cette section où un bon nombre d’alpinistes ont abandonné, on se retrouve sur un faux plat qui nous remonte le moral. On se dit alors que c’est possible, et on fonce tête baissée.


Ensuite les difficultés s’enchainent lors des 2 dernières heures de grimpette. Le mode zombie s’enclenche et là on commence à vraiment cracher nos poumons et à s’arrêter toutes les 20 minutes. La dernière heure est un calvère où il nous faut s’arrêter toutes les 5 minutes dans un vent encore plus fort qui nous fait vaciller sans repos. Le jour se lève déjà. Le guide gueule sur Jbitz qui ne comprend rien. Moi, qui suit derrière avec ma triple épaisseur, je ne comprends rien à ce qui se passe. Jbitz finit par s’énerver et gueuler sur le guide aussi. Le guide nous propose d’arrêter là parce qu'on est trop lents. On n’aura soit disant pas le temps d’arriver en haut. Sur un dernier espoir après s’être consulté, on décide de continuer jusqu’au bout. Nous voilà repartis pour la dernière heure interminable. J’en viens à ramper à la fin en voyant le sommet qui recule au fur et à mesure que l’on avance. On croise les italiens qui redescendent
et qui nous boostent pour aller jusqu’au bout. Ca y est, nous y sommes à 5897 m, à nous la liberté. Une sensation de joie nous submerge dans cette tempête de neige. Ouahhhh on l’a fait. La phrase de Jbitz au sommet veut tout dire : « qu’est-ce que c’est bon, mais plus jamais ça ».
Après 5 minutes au sommet, il nous faut déjà repenser à redescendre. J’ai pu effectuer une vidéo au sommet, mais presque au coût de ma main. Le froid m’ayant si vite glacé 3 doigts en tenant la caméra, je ne les sentais déjà plus. Il doit faire -20 degrés dans cette tempête. On est totalement glacés. Tous nos habits sont congelés, même la corde est toute glacée ! La moindre petite portion à l’air libre est gelée.


JB a un petit peu de mal à redescendre au début, la pente est raide, le vent nous détourne du chemin, nous fait tomber. On a vraiment plus beaucoup d’énergie… Tout compte fait avec les pauses, le retour sera possible mais à chaque petite montée de 2 m de dénivelé, je suis obligé de m’allonger pour récupérer de l’énergie. En fait la sensation de cette épreuve est qu’avec l’altitude on a moins d’oxygène ce dont ont justement besoin nos muscles pour fonctionner. Ce qui fait que l’on se retrouve avec de muscles qui brulent comme un effort physique redoutable pour faire 2 pas ! On finit par descendre en 2h au dessus des nuages. Quelle vue, toutes les cascades de glace sont maintenant visibles c’est magique. On se demande comment l’on a survécu à ce déchainement de la nature…

De retour au chalet on est bien mort. Il nous faut alors faire le sac et descendre jusqu’au parking… En tout cas cette aventure a de nouveau été une lourde épreuve. Je ne sais vraiment pas si j’oserai retenter une nouvelle ascension de ce type. A voir…