lundi 4 mars 2013

En route vers la Baja California

Ne sachant pas trop à quelle heure part la navette, Rémi part devant sur la place du village au cas où.  Le temps de finir de ranger mon sac, le bus m’attend déjà. Si on l’avait loupé, on perdait un jour sur notre timing serré, ouf !

  On remonte le canion mais cette fois en mini bus. On s’arrête pour un changement de bus dans un petit village. 
 
Je commence à discuter avec un vieux de la vielle de 85 ans. Il est énorme le papi avec son chapeau de cow boy et les quelques dents qu’il lui reste. Sa peau est fortement marquée par le soleil, le froid et surement la vieillesse. Il n’est pas facile de le comprendre mais une autre dame m’aide à le comprendre. Je lui sors ma planche de surf pour lui montrer. Il la prend dans ses mains d’un air content. Je lui explique comment ça marche et ce que l’on fait avec. C’est la première fois qu’il voit une planche. Le bus vient à klaxonner, et j’embarque rapidement sans pouvoir le saluer. Riche rencontre !

Rémi lui était parti faire des photos dans le village. On le récupère sur le chemin. Mais vu que l’on a changé de bus, il passe le bus sans y faire attention. Heureusement que le chauffeur est relaxe. Après cette petite heure de bus on arrive à Bahuichivo où il nous faut prendre le train pour El Fuerte. On a 4 heures à poiroter. On se dégotte un petit resto. On y rencontre un nouvel acolyte. Pendant que Rémi est parti sur internet, moi je reste avec la femme du restaurant ainsi qu’avec un vieillard. On discute un bon moment sur lui. Le moment est fort. Au détour de la conversation, je vois qu’il a des dread locks. Je lui dis que c’est comme Bob Marley. 
Ni lui ni elle ne le connaissent. Je suis enchanté par cette préservation qu’ils ont gardée du monde occidentale. Sa vie est aussi formidable qu’intéressante. Ce vieux monsieur ne sait pas quel âge il a. Entre 80 et 90 ans, personne ne le sait. Il s‘est inscrit sur les registres que plus tard il y a 70 ans. Il a travaillé toute sa vie pour construire la voie ferrée. Il a travaillé 6 mois dans les mines mais il n’aimait pas. On sent que ce vieillard a survécu malgré les difficultés de la faim, du froid, du travail forcé… J’essaie de profiter un maximum de ce moment tellement unique. Ils ont bien voulu que je les filme donc j’ai une petite trace. SUPER MOMENT de voyage. 
 
Je voyage pour des moments comme cela. Un partage, apprendre de la culture, des gens, s’enrichir de toutes ces expériences c’est tellement magique que l’on en ressort grandi. En tout cas ce voyage n’est pas du temps perdu à mon goût. C’est bon de se laisser vivre et de sortir de ce monde de furie dans lequel on vit. Ce stress créé de toute pièce par cette société de consommation.  Prendre le temps de penser un petit peu. De penser à autre chose que son futur ou sa vulgaire retraite. Juste profiter du moment. Je pense que ces 14 mois de voyage m’ont déjà bien changé. Peut être pas changé dans le bon sens pour certains qui sont peu être trop ancrés dans la société. Mais maintenant je sais pourquoi je vis. Juste être heureux. Et je ferais tous pour le rester… Il faut se battre pour cela, tout n’est pas donné mais on a les cartes en mains pour son propre destin. Il faut le saisir. Cela fait maintenant plusieurs mois que je ne découvre plus ma façon de voyager. Cela pourrait être une routine. Mais je me sens tellement bien dans ce que je fais. J’ai atteint un niveau de relâchement total. J’apprécie d’attendre maintenant. Voilà une petite réflexion sur mon état d’esprit du moment.

Après 4 heures de train, on arrive de nuit à la gare d’El Fuerte. Un taxi privé d’un hôtel de luxe nous propose ses services. Etant à 6 kms du centre ville, on a pas le choix. On rentre avec lui. Il nous propose une chambre à 400 pesos (24 euros pour deux) au lieu de 1400 pesos (84 euros) habituellement. La différence de prix avec les hôtels les moins chers de notre guide sont seulement de 50 pesos. 
Du coup on se fait le plus bel hôtel 5 étoiles de la ville ce soir là. On est comme des princes. Ca s’appelle la Casa de Zorro. El Fuerte était juste une étape. On repart dès le lendemain pour Guaymas avec une journée pleine de bus. 

A Guaymas on prendra le bateau pour arriver à la dernière partie du Mexique que l’on aura la chance de visiter : la Baja California. Mais une fois arrivé à Guaymas, on prend un petit taxi qui nous emmène jusqu’au port pour prendre le bateau. On avait tout calé sur l’horaire du bateau, c’était presque trop parfait, on arrivait juste pile poil à l’heure sur site. Cette fois ci pas de bol, le bateau est en panne.
 Ils ne recevront pas la pièce avant la semaine prochaine. Comme on dit chez nous, dans le cul lulu ! Le taxi étant toujours là avec nos sacs dans le coffre ouvert et la planche de surf sur le toit, on repart en direction du terminal de bus. On hésite à prendre un petit coucou pour traverser en dernier recourt mais c’est notre destin à priori de ne pas y aller. On ne va pas lutter contre lui, du coup on reprend un bus de nuit pour  remonter jusque Tijuana. On s’est résigné à ne plus aller en Baja California. Dommage on ne verra pas les baleines avec leurs baleineaux qui sautent juste à côté de la pirogue, on ne verra pas non plus les peintures rupestres dans les grottes. Tant pis, je crois que ce sera le premier véritable échec de ce voyage. Abandonner si prêt du but. Mais je n’ai jamais été si pressé par le temps, on retrouvera Ben à San Diego dans les temps du coup. En attendant viva Tijuana !!!!

dimanche 3 mars 2013

Urique



Il nous faudra une journée de voyage pour arriver à Urique en partant de Creel qui n’est pas si loin. Après 3 mini bus on arrive dans le fin fond du canyon. La vue au passage était magnifique. On avait une vue plongeante sur le canion. Impressionnant ! Aller au canion del cobre sans passer par Urique ou par Batopilas ne vaut pas le coup. On a bien fait de se rajouter quelques jours pour découvrir ce petit village perdu.

A notre arrivé, on est enchanté par la décontraction de ses habitants et la chaleur. L’ambiance est bonne, tout le monde dit bonjour. Ils sont curieux et n’hésitent pas à discuter avec toi. Sans le savoir on arrive juste quelques jours avant le marathon de 80 kilomètres dans la montagne avec un dénivelé total de 3000 mètres. Il faut être en forme. Du coup tout le monde nous questionne là-dessus, si on vient courir et tenter de battre les raramuris sur leurs terres. Beaucoup de coureurs du monde entier viennent pour ce rassemblement convivial. Peint sur un mur du village, on peut voir que sur les 10 éditions précédentes seul 3 étrangers ont gagnés. Les raramuris courent en pagne avec des sandales à trois points faites à la main avec des pneus et arrivent encore à gagner. L’année dernière le vainqueur est venu à bout des 80 kilomètres en seulement 6h40. Les premiers ne s’arrêtent jamais de courir même dans les montés bien raides. Les autres coureurs qui courent normalement (déjà super bien) le font en 13h. Si le coureur est trop lent, il le disqualifie. Du coup en ce moment tout le village vit pour la course. Dommage que l’on doit partir rapidement pour rejoindre Ben.
 
Bonne surprise aussi, on trouve une auberge super sympa. Ce sera la première du voyage où on a un potager à notre service. Il ne reste plus qu’à cueillir et aller cuisiner ! Première fois aussi que l’on installe notre hamac à la montagne. Il y a même de l’eau chaude avec un système ingénieux mais un peu dangereux. Un petit feu de bois chauffe une des conduites d’eau. A mon arrivé j’ai remis un peu de bois pour rallumer un peu l’engin. La cheminée s’est mise à cracher une fumée noire jusque là tout va bien. Ensuite la conduite a complétement explosée avec la pression créée par le feu. Ca s’est mis à gicler de l’eau bouillante. On était juste à côté, ça a failli me péter à la tête ! 

La première journée entière sur place on la passe à se détendre et profiter de ce soleil qui chauffe avec le froid glacial de Creel. 


La deuxième et malheureusement la dernière journée sur place, on se fait une bonne rando de porcasse mais comparé aux coureurs ce n’est rien du tout. On est allé jusque Los Naranjos à 11 kms de là par le chemin fait pour la course. On a rencontré les 4 types qui s’occupent de le remettre en état. Super sympas, ils nous ont même sollicité pour que l’on prenne une photo avec eux.


Puis une fois dans ce village disparate, on en veut encore. On a juste à lever la tête et des falaises énormes nous dominent. Après une petite discussion avec les habitants et notre bouteille d’eau rechargée, on attaque la montée. 900 mètres de dénivelé en plus de ce que l’on vient de monter. Le chemin n’étant pas super emprunté, on a réussi à se perdre de nouveau. On a essayé de persévérer pour rejoindre un chemin. C’est pentu, ça glisse, ça griffe… C’est la merde. Tout compte fait on a fait demi tour pour reprendre un autre chemin qui s’avérera être le bon. On aura atteint le sommet en 2 heures. La vue est splendide. On a une vue sur tous les plateaux environnant qui tombent à pic. On a réussi à se perdre au sommet, le sifflet de mon sac à dos ne sera pas suffisant pour que Rémi m’entende. Tant pis, je profite une bonne heure de ce moment magique. Tout seul assis, les pieds dans le vide, sur mon rocher qui domine toute la vallée. Etant donné que Rémi à le principal de la bouffe je ne mange qu’un demi avocat en pensant que Rémi n’en a pas. C’est dans ces moments là qu’il faut mettre la faim de côté pour continuer de profiter de l’instant.   



Du coup je rentre seul sans savoir si Rémi est déjà parti. Etant donné que j’étais devant je devrais le retrouver sur la route. Je descends pas mal sans le voir. Tant pis, il aurait fait de même, je retourne vers Urique. On aura fait une bonne rando de 7 heures mais seulement 35 kilomètres avec 1600 mètres de dénivelé... J’arrive à la tombé de la nuit, Rémi n’est pas encore là, il arrivera en fin de compte seulement 20 minutes plus tard.

Le lendemain on retourne vers le Sud pour rejoindre El Fuerte. Pas très pratique de revenir en arrière mais c’est la solution la moins chère et la plus pratique pour rejoindre le bateau à Guyamas pour aller en Baja California.